24h de la vie d’une femme : interview de Clémentine Célarié

Clémentine Célarié : « Au théâtre, il suffit de mettre ses tripes sur scène pour que tout devienne possible »

« Comprendre. Comprendre sans juger », telle fut l’obsession de Stefan Zweig, et telle fut sa réussite, puisque, un siècle plus tard, on le lit davantage qu’en son temps. L’histoire de « 24 heures de la vie d’une femme » est l’occasion, pour lui, de pister la naissance du désir, le chemin du sentiment, ses pièges, ses fausses pistes, ses leurres, sans relever la tête pour aboyer, critiquer ou condamner. il explore la complexité de nos âmes en y adhérant, jamais guetté par le souci suspect de nous simplifier. Clémentine Célarié nous parle de cette pièce qu’elle portera sur scène à Aix-les-Bains.

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La Vie nouvelle Vous aviez lu, plus jeune, La pitié dangereuse, un texte déjà écrit par ZWEIG. Qu’aimez-vous dans l’écriture de cet auteur ?

Clémentine CÉLARIÉ : J’aime sa fougue, sa passion, la description très juste et très forte des émotions très exacerbées. Ce n’est jamais lisse, correcte ou poli. Il y a une espèce de violence rationnelle incroyable que j’adore. Ce roman m’avait donc beaucoup marquée. 

L.V.N. : Concernant 24 h de la vie d’une femme, il s’agit d’un texte que vous aviez déjà abordé à Avignon, dans une forme com-plètement différente…

C.C. : Oui, j’ai fait une lecture de ce texte au théâtre du Chien qui fume, avec un pianiste non-voyant, Gilles De la Buharaye, qui improvisait selon les passages de ZWeIG. C’était dingue, car en rentrant, mon agent m’annonce que l’on me propose de jouer, au théâtre, 24 h de la vie d’une femme. J’ai donc tout de suite voulu m’en- gager, car j’adore ce texte magnifique: c’est la vie, la vibration, il parle de choses dont on ne parle jamais. Pour ce projet théâtral là, Éric-emmanuel SChmItt s’est vraiment fondu dans la passion de la nouvelle de ZWEIG pour en faire une très belle adaptation.

L.V.N. : Quelle a été la petite touche apportée par Éric-Emmanuel SCHMITT ?

C.C. : Éric-emmanuel SCHMITT est resté très proche de ce que raconte ZWeIG. C’est comme s’ils avaient fait, ensemble, une adaptation à quatre mains ! Il a ancré le personnage dans les années 1960, une période bien plus récente que celle proposée dans le roman de ZWEIG et il en a fait une femme un peu plus forte, un peu plus italienne… De toute façon, des sentiments comme ceux qui sont ici déployés sont universels et sans époque. Cette histoire est vraiment une explosion de vie : celle de quelqu’un qui découvre la passion.

L.V.N. : Quel est l’univers qui a été recréé sur scène ?

C.C. : Il y a de très beaux voilages blancs : on se croirait dans des salons très élégants, très doux et très chaleureux. Quant au décor, différentes images sont projetées sur ces voilages : on y aperçoit monaco, la pluie, la mer, une église…

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L.V.N. : Ce texte est une sorte de monologue ponctué de pensées du narrateur. Le public joue-t- il, du coup, le rôle de confident pour elle ?

C.C. : Absolument ! le public incarne la personne à qui cette femme se confie et se livre, comme à quelqu’un d’intime, sur ces 24 heures qui ont bouleversé sa vie, mais il n’y a pas du tout d’interaction avec lui.

L.V.N. : Ce rôle a-t-il plutôt été une expérience ou un défi ?

C.C.: Les deux! Pour moi, c’est un vrai challenge, un vrai défi… et c’est passionnant : l’intimité, il faut absolument la vivre, mais aussi la projeter. Au théâtre, tout est possible : il suffit de tout faire à fond. en tournée, c’est complètement dingue, car les salles sont grandes ! Je me suis par exemple retrouvée à Saint-Malo devant 800 personnes et c’était absolument dément ! Dans ce genre de configuration, il faut y aller encore plus fort, pour que cela atteigne tout le monde, même la dernière petite personne au fin fond de la salle. Le théâtre, c’est très intime. Moi, j’ai besoin de mettre mes tripes sur scène et partager mes émotions avec une salle. C’est pour cela que je fais ce métier !

L.V.N. : Cela fait-il partie des rôles vous ayant le plus marquée ?

C.C. : C’est un rôle très fort, mais il y a d’autres rôles qui m’ont marquée, dans Madame Sans Gêne, dans Drôle de couple, dans Les grandes occasions avec Jean RÉNO, Calamity Jane… tout est une suite de choses que l’on vit dans le ventre. tout rôle vous amène à un autre rôle. en ce moment, je joue également Darius au théâtre des mathurins aux côtés de Pierre CASSIGNARD : une pièce où il faut mettre toute sa joie et qui concentre plusieurs jours d’énergie. Croyez-moi, vous en sortez complètement vidée. Mais c’est ça qui est génial et qui fait du bien ! Je me tourne rarement vers le passé. Je dirais donc que c’est toujours la pièce que je suis en train de faire qui est la plus forte.

Propos recueillis par Célia Di Girolamo, journaliste à La Vie Nouvelle

24 HEURES DE LA VIE D’UNE FEMME

Mercredi 5 avril,
 à 20h30, au Théâtre du Casino, à Aix-les-Bains. De 10 à 50 €.

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